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ameyar kheiredine
On ne choisit pas sa date de naissance.  Kheireddine Ameyar, lui, décida que ça devait être un 13 avril 1946. Personne ne lui a jamais demandé quel jour c’était,  ni quel  temps  faisait-il, mais il n’en avait cure. Le seul calendrier et la seule météo qui le préoccupait véritablement étaient ceux de l’Histoire en marche et du volcan politique qui enfiévraient cette Algérie sortie exsangue de la deuxième guerre mondiale  et qui, déjà, menaçait à nouveau  d’un orage  de feu et de sang que la Casbah, lieu de sa naissance, allaient en être un des théâtres les plus glorieux et les plus saisissants.  

Les feux finissants mais brûlants de la guerre de libération qu’il vit de ses yeux d’enfant pauvre et d’une famille nombreuse, l’effervescence typique des premières heures de l’indépendance du pays, dans cette Casbah meurtrie mais jamais assiégée, allaient l’éveiller au monde, à ses chocs et à ses  bouleversements, et lui procurer les qualités essentielles au futur  journaliste qu’il allait être : un intérêt aigu pour les pulsations de sa société,  une curiosité insatiable des hommes et des choses, une méfiance des idées reçues et une envie de comprendre qu’il assouvissait par la lecture.

Sur les bancs d’école, celle de Sarouy, il était déjà lourdement chargé des livres qu’il débusquait dans les bibliothèques avoisinantes. Il avait la tête pleine des revues  que son père rapportait de l’hôtel Aletti où il travaillait.  Au lycée Emir Abdelkader (ex-Bugeaud), plus tard, il aura la maîtrise des classiques d’un lycéen doué avec, en prime, ce don qui lui était si particulier d’aller chercher sous le manteau des textes et des mots qu’il lisait le sens inapparent, caché ou occulté, et qui lui valait d’excusables défauts comme de vouer un culte sans fin à Lautréamont ou comme de cultiver dans sa prime jeunesse au café du quartier, le  Faisan d’Or,  l’art de la conversation en public.

Cet amour de la conversation est une fenêtre ouverte sur la politique et le militantisme qu’il pratiqua la JFLN, l’UNEA, l’ORP et enfin, le PAGS, le parti pour lequel il avait une haute opinion mais nuancée et de plus en plus distancée par ce qui lui semblait être une difficulté à se réformer à projeter des réformes pour le pays.  Un vrai sujet dont il débattait  en public comme en famille à l’occasion  de fréquentation bagarreuse et assidue d’un beau-père cégétiste, qui admirait Staline, et pour lequel rien ne valait sans la couleur «rouge».
Leurs joutes portaient sur la classe ouvrière, le déclin de la dictature du prolétariat, avec comme toile de fond, une affection profonde qui liait ces deux hommes, antinomiques. Il y en eut des prises de bec, des coups de gueule,  et des convictions qu’il affirmait en public et toutes voiles dehors. Une ébullition qui le mettait, dit-il, en situation d’attente de « se faire embarquer»…Pour le  journalisme dont il fréquenta l’école, rue Jacques Cartier, et qui le fit s’éloigner de sa vocation première de scientifique qu’il commença dans un local à la Casbah en amateur  et en expérimentateur effréné en Chimie avant qu’une manipulation incontrôlée faillit faire  voler l’endroit en éclats…    L’homme qui voulait être au cœur de l’action se retrouva observateur. Actif et toujours contraint, dirait-il. Ses débuts, il le fera à la radio, chaîne 3, où sa  voix de  baryton, son débit de polémiste hors pair, lui vaut un public attentif et les  inimitiés de circonstance dans un paysage médiatique et politique fermé. Remercié, il rejoindra le quotidien El Moudjahid où il travaillera tour à tour dans la rubrique nationale, économique, puis internationale avant le placard et le retrait du passeport.

De 1978 à 1981, le journaliste et homme des médias Zouaoui Benamadi l’invite à le rejoindre à l’hebdomadaire Algérie Actualités dont il animera avec un groupe de journalistes  la rubrique culturelle avec le souci du débat d’idées et de la réflexion avec les acteurs de la culture en Algérie. Une expérience unique qui, en 1984, ne le dissuadera pas de rejoindre à nouveau El Moudjahid aux côtés de M. Morsli. On y parle d’ouverture, de démocratisation mais cela ne durera pas. 

Chemin faisant comme dirait Barthes, Kheireddine Ameyar change d’adresse et rejoint Révolution Africaine (Revaf), l’organe du FLN où souffle un vent timide de réformes mais tourne court. Il crée alors Afric 1 Sports qui se révéla un terrain de passion pour le sport révélateur parmi d’autres mais très fort celui-là d’une certaine identité algérienne qu’il ne cessera jamais de questionner.

La séquence Revaf s’ouvrit sur une nouvelle à Algérie Actualités où il est, cette fois,  aux commandes avec le poste de  directeur de publication.  Une démission « hamrouchienne » et un licenciement « ghozalien » le mettent à nouveau au chômage forcé. Omar Atia, un outsider de la presse, homme d’affaires et convaincu des réformes,  l’invite à diriger l’hebdomadaire La Nation  et à le rejoindre dans ce qui reste comme l’un des beaux parcours de la presse privée algérienne en ces années de braise.
Le quotidien La  Tribune, qu’il fonda et  sortit un 5 octobre 1994, n’était pas qu’un hommage aux martyrs d’octobre 88 mais le projet  un moment atteint d’«un nouveau journal pour un journalisme à l’ancienne ». C’est ce qu’il écrivait en guise  de dans le premier éditorial du quotidien… Le métier de funambule n’était pas son fort. Il s’y exerçait mais se trouvait fréquemment en déséquilibre constant jusqu’au jour où il tomba volontairement de ce « fil ténu » qui le rattachait à la vie et qu’il disposa de lui-même , pour fuir à tout jamais « les prédateurs », la haine  et la menace des autres ,  les médiocres.

 
 
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